Beaujolais nouveau : ce qu'une cave prépare avant le troisième jeudi de novembre

Le Beaujolais nouveau est le seul produit de votre cave dont la date de sortie est écrite dans un texte réglementaire. Personne ne peut la devancer, ni la grande distribution, ni vous. Tout le monde vend la même chose le même jour, et c'est précisément ce qui rend la préparation décisive : l'écart entre deux caves ne se joue pas sur le produit, il se joue sur ce qui a été fait dans les semaines qui précèdent.
Cette page est un rétroplanning. Les dates que fixe la réglementation, ce que vous pouvez faire arriver en boutique avant le jour J, comment retrouver dans votre caisse les clients qui achètent réellement du primeur, et ce que la loi vous autorise à écrire et à servir. Elle ne traite pas du choix des vignerons ni de la dégustation des cuvées : cela reste votre métier, pas le nôtre.
Transparence : cet article est publié par Decante, qui édite un outil de relance client pour cavistes. Les règles citées viennent du cahier des charges de l'appellation, de l'INAO, de Vin & Société et de service-public.fr, consultés le 31 août 2026.
La date n'est pas commerciale, elle est réglementaire
Le troisième jeudi de novembre n'est pas une tradition que la filière aurait choisie pour faire parler d'elle. C'est une règle de mise en marché. Le cahier des charges de l'appellation renvoie à l'article D. 645-17 du code rural et de la pêche maritime pour la date de mise en marché à destination du consommateur, et l'INAO résume la conséquence en une ligne sur sa fiche de l'appellation : les vins primeurs sont appréciés « dès le 3ème jeudi de novembre » (INAO).
La date actuelle n'est pas la première. Le cahier des charges raconte l'enchaînement : une note administrative du 13 novembre 1951 autorise la vente anticipée de certains vins sans attendre le déblocage général du 15 décembre, et « il faut attendre l'année 1985 pour parvenir à la mise en marché à destination du consommateur du "Beaujolais nouveau" le troisième jeudi du mois de novembre » (cahier des charges de l'AOC Beaujolais, INAO).
Une précision de vocabulaire avant d'aller plus loin. Le même texte autorise deux mentions équivalentes et les cantonne à deux couleurs : « La mention "primeur" ou "nouveau" est réservée aux vins rouges et rosés ». Tout ce qui suit vaut indifféremment pour l'une et pour l'autre.
Les quatre prochaines échéances, calculées à partir de cette règle :
| Millésime | Mise en marché consommateur | Ouverture de la circulation (38e jour avant) |
|---|---|---|
| 2026 | jeudi 19 novembre 2026 | lundi 12 octobre 2026 |
| 2027 | jeudi 18 novembre 2027 | lundi 11 octobre 2027 |
| 2028 | jeudi 16 novembre 2028 | lundi 9 octobre 2028 |
| 2029 | jeudi 15 novembre 2029 | lundi 8 octobre 2029 |
L'ouverture tombe toujours un lundi, puisque trente-huit jours avant un jeudi ramène invariablement au lundi. Ce tableau est un simple calcul de calendrier appliqué à la règle du troisième jeudi et à celle du 38e jour, toutes deux citées ci-dessus. Il ne remplace pas les communications annuelles de votre interprofession.
Une conséquence pratique découle de cette règle et elle est rarement formulée : personne ne peut prendre d'avance sur le produit. L'hypermarché à trois kilomètres ouvre ses palettes à la même minute que vous. Votre seul terrain d'écart, c'est le mois qui précède.
Le vrai départ, c'est le 12 octobre
La plupart des articles sur le sujet conseillent de prévenir vos clients « une à deux semaines avant ». C'est déjà tard, et la réglementation elle-même explique pourquoi. Le cahier des charges de l'appellation, dans la version soumise à procédure nationale d'opposition et annoncée au Journal officiel du 3 mars 2022, prévoit que les vins portant la mention « primeur » ou « nouveau » « peuvent circuler entre entrepositaires agréés à partir du 38ème jour précédant le 3ème jeudi du mois de novembre de l'année de la récolte » (cahier des charges de l'AOC Beaujolais, INAO).
Traduit en calendrier 2026 : le 12 octobre. À partir de cette date, les bouteilles quittent les chais et remontent la chaîne professionnelle. Ce qui est interdit avant le 19 novembre, c'est la vente au consommateur, pas la logistique. Autrement dit vos cartons peuvent dormir un peu plus de cinq semaines dans votre réserve pendant que vous préparez la sortie. La question n'est plus « quand vais-je être livré », mais « qu'est-ce que je fais des trente-huit jours dont je dispose ».
Voici un découpage de ces semaines, côté clients seulement : ce que vous commandez, à qui et en quelle quantité, c'est votre métier et nous n'avons rien à y ajouter. Les dates sont celles de 2026 ; la logique se transpose telle quelle aux millésimes suivants avec le tableau ci-dessus.
| Quand | Ce que vous faites |
|---|---|
| Semaine du 19 octobre | Vous extrayez de votre caisse la liste des clients qui ont acheté du primeur les années précédentes. C'est le travail le plus long, et le plus rentable. |
| Semaine du 26 octobre | Premier message, à la liste restreinte seulement : vous annoncez le ou les vignerons retenus et vous ouvrez la réservation. |
| Semaine du 9 novembre | Deuxième message, plus large : vous annoncez l'horaire d'ouverture du 19 et la dégustation si vous en organisez une. |
| Mardi 17 novembre | Vous préparez les commandes réservées, nom par nom, prêtes à être retirées. |
| Jeudi 19 novembre | Jour J. |
| Fin novembre | Vous notez qui est venu. Cette liste est le vrai produit de l'opération. |
Le décalage entre la réception possible et la vente autorisée est une contrainte de trésorerie, il faut le dire. Vous immobilisez du stock pendant plusieurs semaines. C'est aussi ce qui vous permet d'ouvrir les réservations sans jamais promettre ce que vous n'avez pas encore.
Ce qui est déjà joué avant que vous commandiez
Deux mécanismes fixent l'essentiel de l'offre bien avant l'automne, et les connaître change la conversation que vous avez avec votre fournisseur.
Le premier est déclaratif. Les producteurs qui destinent des parcelles au primeur souscrivent « avant le 30 juin qui précède chaque récolte, une déclaration d'intention de production », modifiable jusqu'au 15 août (cahier des charges de l'AOC Beaujolais, INAO). Quand vous passez commande en septembre, la quantité de primeur qui existera cette année est arrêtée depuis l'été. Il n'y a pas de rattrapage possible, seulement une répartition.
Le second est technique. Pour conserver le caractère primeur, le cahier des charges impose que les vins soient « exclusivement issus des raisins récoltés la même année » et que « la durée de cuvaison des vins » soit « inférieure ou égale à 10 jours ». C'est ce qui rend possible une vendange en septembre et une bouteille en novembre, et c'est aussi ce qui explique qu'un vigneron ne puisse pas décider en octobre d'en faire davantage.
Le troisième élément n'est pas réglementaire, il est commercial, et il va dans le même sens : le marché se contracte. À l'automne 2025, la filière estimait pouvoir produire 120 000 hl de primeurs quand 105 000 hl seulement avaient trouvé preneur l'année précédente, et une érosion supplémentaire d'environ 10 % était anticipée pour cette campagne (Vitisphere, 17 octobre 2025).
Mise à l'échelle d'une cave, cette tendance ne dit pas « n'en prenez pas ». Elle dit : prenez la quantité que votre liste de clients justifie, et pas un carton de plus. Un primeur encore en rayon à la mi-décembre se vend mal, c'est notre lecture du marché et non une règle : ces vins sont faits pour une consommation rapide, et l'attention retombe une fois les fêtes engagées. À l'inverse, une rupture le samedi qui suit le jour J n'est pas un échec : c'est un argument pour l'année suivante.
Retrouver vos acheteurs de primeur dans la caisse
C'est le point où la plupart des caves s'arrêtent, et c'est celui qui fait la différence. « Ciblez les clients qui en ont acheté les années précédentes » est un bon conseil tant qu'on ne demande pas comment. Voici comment.
La méthode tient en un filtre à deux conditions dans votre historique de caisse. Première condition, une fenêtre de dates : les ventes réalisées entre le troisième jeudi de novembre et le dimanche de la semaine suivante, pour chacune des trois dernières années. Ce sont respectivement le 20 au 30 novembre 2025, le 21 novembre au 1er décembre 2024, et le 16 au 26 novembre 2023. Seconde condition, un filtre sur le libellé produit : les références dont le nom contient « nouveau », « primeur » ou « beaujolais ». L'intersection des deux vous donne une liste nominative, pas une intuition.
Le croisement des trois années sépare ensuite deux populations que rien ne distingue à l'œil nu, et qui ne méritent pas le même message. Le client qui a acheté deux ou trois années sur trois a une habitude : il vous attend, et il attend surtout de savoir quel vigneron vous avez choisi. Le client qui n'apparaît qu'une seule fois est venu par curiosité ou par hasard : il a besoin d'une raison de revenir, pas d'un rappel.
Reste une troisième population, invisible dans ce filtre : les clients qui n'ont jamais acheté de primeur mais dont le panier est fait de rouges légers, de gamay, de vins de soif. Ceux-là sont votre marge de croissance, et ils justifient un message différent, formulé comme une découverte et non comme un rendez-vous.
Les trois messages qui découlent de ce découpage sont courts, et ils n'ont presque rien en commun. Aux habitués, vous annoncez le nom du domaine et vous ouvrez la réservation. Aux clients d'une seule fois, vous rappelez la date et l'horaire. Aux amateurs de rouges légers, vous proposez de goûter. Le reste de votre fichier ne reçoit rien, ce qui est la seule façon de garder intacte votre capacité à écrire aux autres : nous détaillons ce mécanisme dans notre guide sur la newsletter d'un caviste.
Une précaution avant d'écrire à cette liste. Constituer un fichier nominatif à partir de votre caisse et l'utiliser pour de la prospection n'est pas neutre : pour démarcher un particulier par email ou par SMS, il faut son consentement préalable, sauf s'il est déjà client, que le message porte sur des produits ou services similaires, et qu'il ait été informé de cet usage et mis en mesure de s'y opposer simplement et gratuitement au moment où il vous a lui-même donné ses coordonnées, à l'occasion d'un achat (CNIL). Cette dernière condition est celle qui coince en pratique : un historique de caisse identifie souvent l'achat sans contenir la moindre adresse, et un client de passage dont vous n'avez qu'un nom n'est joignable par aucun canal. Un acheteur de primeur qui vous a laissé son email à la caisse entre dans l'exception ; un contact récupéré sur un carnet de dégustation sans achat, non. Chaque message doit aussi porter un moyen simple et gratuit de se désinscrire.
Si votre logiciel de caisse n'exporte pas facilement cet historique, la question du chemin d'accès aux données est traitée dans notre page sur l'analyse des sorties de caisse. Et pour la logique générale de découpage d'un fichier client, voyez nos idées de campagnes de relance.
Ce que vous avez le droit d'écrire
Une cave qui écrit à ses clients au sujet d'une boisson alcoolisée fait de la publicité au sens de la loi Évin, et cette loi fonctionne à l'envers de l'intuition : tout est interdit sauf ce qui est expressément autorisé, aussi bien pour le support que pour le contenu.
Le contenu autorisé est une liste fermée, fixée par l'article L. 3323-4 du code de la santé publique : le degré volumique d'alcool, l'origine, la dénomination, la composition, le nom et l'adresse du producteur et de ses dépositaires, le mode d'élaboration, les modalités de vente et le mode de consommation. S'y ajoutent les références au terroir, aux distinctions obtenues, aux appellations d'origine, et les références objectives à la couleur et aux caractéristiques olfactives et gustatives du vin. Tout support publicitaire doit porter le message de prévention « l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération », qui peut être réduit à sa première partie quand la taille du support l'impose (Vin & Société). Le guide réserve une exception aux supports de vente eux-mêmes, mais sa portée est trop incertaine pour un email de relance : portez le message systématiquement.
Le mot à éviter est celui que le Beaujolais nouveau appelle le plus naturellement. Le guide loi Évin de Vin & Société rapporte que la Cour de cassation a censuré une campagne des vins de Bordeaux au motif que les affiches « comportaient des références visuelles étrangères aux seules indications énumérées par l'article L. 3323-4 du Code de la santé publique et visaient à promouvoir une image de convivialité associée aux vins de Bordeaux de nature à inciter le consommateur à absorber les produits vantés ». La sanction encourue en matière de publicité illicite est de 75 000 euros d'amende, portable à 50 % des dépenses engagées dans l'opération, au titre de l'article L. 3351-7 du même code (guide loi Évin de Vin & Société, copie hébergée par Planète Bordeaux). Le guide ne donne ni la chambre ni la date de cette décision, et nous ne les avons pas retrouvées : retenez le raisonnement, pas la référence.
En pratique, la différence tient à une réécriture de quelques mots.
Ce qui pose problème : « Jeudi soir, on fête le Beaujolais nouveau ! Ambiance conviviale, planches et bonne humeur, venez faire la fête avec nous. »
Ce qui reste dans le cadre : « Beaujolais nouveau 2026, domaine [nom], AOC Beaujolais Villages, 12,5 % vol. En vente à partir du jeudi 19 novembre à 9 h. Dégustation au comptoir de 17 h à 20 h. Réservation possible jusqu'au 17 novembre. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. »
Le second message n'est pas plus froid, il est plus précis, et il donne au client les deux seules informations dont il a besoin : quoi, et quand. Nos exemples de messages de relance suivent la même logique, et le choix du canal est traité dans notre comparatif email ou SMS.
Une précision utile : votre vitrine et l'intérieur de votre boutique relèvent d'un régime distinct. L'article L. 3323-2 du code de la santé publique autorise la publicité « sous forme d'affichettes et d'objets à l'intérieur des lieux de vente à caractère spécialisé », catégorie dont relève une cave. Vous disposez donc en boutique d'une latitude que vous n'avez pas dans un email.
Le jour J : ce qui demande une licence et ce qui n'en demande pas
Faire goûter est le geste qui transforme un achat en visite. Il est aussi le seul de votre journée qui touche à une réglementation différente de celle de la vente, et la frontière est nette.
La dégustation gratuite ne demande rien. Le guide juridique de la dégustation et de la vente publié par Vin & Société est explicite : « la plupart des dégustations gratuites ne nécessitent aucune formalité administrative particulière », et la liste des cas cités inclut nommément « les dégustations chez les cavistes », terrasse comprise dès lors qu'elle est administrativement déclarée et autorisée. Le guide ajoute qu'il n'y a « pas de formalité administrative particulière à effectuer ni d'autorisation administrative à obtenir auprès de la mairie, de la préfecture ou des douanes » (Vin & Société, mars 2025).
La dégustation payante change de régime. Le même guide traite le cas d'un caviste organisant des soirées dégustation payantes régulières et répond : « il vous faut en principe une licence de vente à consommer sur place ». Le guide ne traite que ce cas précis. Au-delà, dès que la contrepartie devient explicite, billet d'entrée, forfait, facturation d'une planche avec les verres, la qualification de débit de boissons à consommer sur place devient plausible : c'est notre lecture, pas une phrase du guide, et nous supposons que la régularité de l'opération y pèse autant que son prix. Cette licence suppose un permis d'exploitation obtenu après une formation, et une déclaration préalable en mairie au moins quinze jours avant l'ouverture de l'activité (service-public.fr).
Pour un jour J de Beaujolais nouveau, la lecture pratique est simple. Un verre offert au comptoir, des planches offertes, une entrée libre : vous restez dans le cadre de la dégustation gratuite. Une soirée à 15 euros par personne : vous êtes selon nous dans l'autre. Entre les deux, si vous hésitez, votre mairie tranchera plus vite qu'une recherche en ligne.
Deux obligations d'affichage s'appliquent par ailleurs à toute cave, indépendamment de l'événement. Les débits de boissons à emporter doivent proposer des éthylotests à la vente, avec une affiche informative apposée à proximité du lieu d'encaissement dans les lieux de vente spécialisés (Vin & Société). Et l'article L. 3342-1 du code de la santé publique interdit aussi bien de vendre que d'offrir de l'alcool à un mineur, ce qui vise le verre du comptoir autant que la bouteille encaissée.
Une fois ce cadre posé, le contenu de la journée reste le vôtre : un vigneron présent une heure, une ardoise avec deux accords simples, un mot écrit à la main sur ce qui a marqué le millésime. Ce sont ces détails que le client raconte, et ils ne coûtent rien.
Après le 19 novembre
Le Beaujolais nouveau fait entrer dans votre cave des gens que vous ne voyez pas le reste de l'année. C'est sa vraie valeur, et elle se perd si vous ne notez rien.
La seule action qui compte le soir du jour J tient en une phrase : enregistrez qui est venu. Un nom sur le ticket, une adresse recueillie à la réservation, une carte de fidélité scannée. Sans cela, l'opération se termine sur un chiffre d'affaires et rien d'autre, et vous recommencerez de zéro l'année suivante.
Le calendrier joue ensuite pour vous. Trois semaines après le 19 novembre, vous entrez dans la période où une cave réalise une part importante de son année. Un client venu chercher une bouteille à 8 euros en novembre est un client à qui vous pouvez proposer un coffret en décembre, à condition de lui écrire une fois, brièvement, sur un sujet qui le concerne. La méthode générale est décrite dans notre guide sur la fidélisation en cave à vin, et le cas des clients qui ne sont jamais revenus dans notre page sur la réactivation des clients dormants.
Un dernier repère, valable pour la comparaison d'une année sur l'autre : comptez les passages, pas les bouteilles. Le volume dépend de ce que vous avez commandé, donc de vous. Le nombre de clients distincts venus entre le jeudi et le dimanche suivant dépend de votre préparation, et c'est le seul chiffre qui vous dira si le travail de ces cinq semaines a servi.
Questions fréquentes
Quelle est la date du Beaujolais nouveau 2026 ?
Le jeudi 19 novembre 2026. La règle est le troisième jeudi de novembre, appliquée à la mise en marché à destination du consommateur des vins portant la mention « primeur » ou « nouveau » (INAO). Les millésimes suivants tombent le 18 novembre 2027 et le 16 novembre 2028.
Puis-je recevoir mes bouteilles avant la date de vente ?
Oui. Le cahier des charges de l'appellation, dans la version que l'INAO a soumise à procédure nationale d'opposition en 2022, autorise la circulation entre entrepositaires agréés à partir du 38e jour précédant le troisième jeudi de novembre, soit le 12 octobre en 2026. Ce qui est interdit avant le jour J, c'est la vente au consommateur, pas la réception ni le stockage.
Ai-je besoin d'une licence pour faire déguster en boutique ?
Pas si la dégustation est gratuite : Vin & Société indique que les dégustations gratuites chez les cavistes ne nécessitent aucune formalité administrative particulière. Si la dégustation est payante, elle relève en principe de la licence de vente à consommer sur place, qui suppose un permis d'exploitation et une déclaration en mairie (service-public.fr).
Combien de bouteilles commander ?
Il n'existe pas de ratio applicable à toutes les caves, et méfiez-vous de ceux qu'on vous proposera. La seule base défendable est votre propre liste : le nombre de clients identifiés comme acheteurs de primeur les années précédentes, plus une marge pour le passage du jour même. Le contexte de marché, avec une érosion d'environ 10 % anticipée pour 2025, invite à commander serré plutôt que large.
Que puis-je écrire dans un email sur le Beaujolais nouveau ?
Les mentions listées à l'article L. 3323-4 du code de la santé publique : dénomination, origine, degré, mode d'élaboration, modalités de vente et de consommation, plus les références objectives à la couleur et aux arômes, et le message de prévention. Les évocations d'ambiance et de convivialité sont précisément ce que la jurisprudence a jugé hors cadre.
En résumé
Le Beaujolais nouveau se prépare sur un peu plus de cinq semaines, pas sur deux. La réglementation vous donne les deux bornes : le 12 octobre pour la circulation des bouteilles, le 19 novembre pour la vente. Entre les deux, le seul travail qui produise un écart mesurable est l'extraction, depuis votre caisse, de la liste des clients qui achètent réellement du primeur, et la rédaction de trois messages courts au lieu d'un envoi général.
Le cadre légal est un cadrage plus qu'un obstacle. Chez un caviste, une dégustation gratuite ne demande en principe aucune formalité administrative particulière ; une soirée payante en demande une. Un message qui décrit le vin, la date et l'horaire reste dans les clous, un message qui vend une ambiance en sort. Les deux règles sont faciles à respecter une fois qu'on les connaît, et coûteuses à découvrir après coup.
Enfin, le jour J n'est pas la fin de l'opération, c'est sa moitié. Ce que vous emportez du 19 novembre, ce n'est pas le chiffre de la journée : c'est une liste de gens qui sont entrés chez vous et à qui vous pourrez écrire en décembre.
Méthode et sources
Les règles de calendrier, de production et d'étiquetage citées ici proviennent du cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Beaujolais » publié par l'INAO, dans la version soumise à procédure nationale d'opposition et annoncée au Journal officiel du 3 mars 2022, ainsi que de la fiche de l'appellation sur le site de l'INAO. Les règles de dégustation et de licence proviennent du guide juridique de la dégustation et de la vente publié par Vin & Société sur la base de la législation en vigueur en mars 2025, et de service-public.fr. Les règles de publicité proviennent de l'article L. 3323-4 du code de la santé publique et des documents de Vin & Société sur la loi Évin. Les chiffres de marché proviennent de Vitisphere, article du 17 octobre 2025 signé Bérengère Lafeuille. Toutes ces sources ont été consultées le 31 août 2026.
Deux réserves sur les sources elles-mêmes. Le cahier des charges cité est une version soumise à procédure nationale d'opposition, c'est-à-dire une proposition de modification et non le texte homologué : avant d'en tirer une obligation contractuelle, vérifiez le texte en vigueur auprès de votre interprofession. Et Vin & Société, qui fournit ici l'essentiel des règles de dégustation et de publicité, est une association de la filière viticole, pas une autorité publique ; nous avons recoupé ce qui pouvait l'être avec service-public.fr.
Les dates du tableau de calendrier et celles du rétroplanning sont un calcul direct à partir des deux règles citées, sans autre statut que celui d'une arithmétique. La valeur 2025 du graphique de volumes est elle aussi notre calcul, le volume 2024 diminué de l'érosion estimée, et non un chiffre publié ; la demi-journée de tri annoncée plus haut est un ordre de grandeur, pas une mesure. La répartition de clients présentée en illustration est un exemple construit pour montrer la méthode de tri, pas une moyenne observée en boutique. Nous n'avons trouvé aucune mesure publiée du nombre de passages qu'une relance ciblée produit un jour de Beaujolais nouveau, et nous n'en avançons donc aucune. Cette page ne constitue pas un conseil juridique : sur la question des licences, votre mairie est l'interlocuteur qui tranche.
Decante édite un outil de relance client pour cavistes, ce qui est signalé en tête d'article et rappelé à l'endroit où cela pourrait peser sur la lecture.
- INAO, fiche de l'appellation Beaujolais rouge nouveau ou primeur et cahier des charges de l'AOC Beaujolais, version soumise à procédure nationale d'opposition, Journal officiel du 3 mars 2022. Consultés le 31 août 2026.
- Vin & Société, guide juridique de la dégustation et de la vente de vin, mars 2025, et dossier loi Évin. Consultés le 31 août 2026.
- service-public.fr, licence de débit de boissons. Consulté le 31 août 2026.
- Vitisphere, « Peu de Beaujolais nouveau, l'érosion du marché se poursuit », 17 octobre 2025, article signé Bérengère Lafeuille.
- CNIL, la prospection commerciale par courrier électronique, SMS, MMS et automate d'appel. Consultée le 31 août 2026.
Pour aller plus loin : la foire aux vins d'un caviste, l'autre temps fort de la saison, et l'ensemble de nos ressources pour cavistes.